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mrmelodram
Description du blog :
Un centerblog pour les gouverner tous.... Et dans les ténébres les saouler d'écrits fantaisistes....
Catégorie :
Blog Journal intime
Date de création :
24.06.2007
Dernière mise à jour :
29.06.2007
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Chroniques du passage, chapitre III: la traversée

Posté le 28.06.2007 par mrmelodram
Les porte de la cité cotière étaient ouvertes et la sillouette des premeiers batiments s'annonçait. rohan huma l'air parfumé des délicats fumets des embruns portés pas une brise de mer qui carressait délicatement son visage couvert de sueur. La bande de maraudeurs trolls avait vaillament combattu, comme le prouvait la blessurre peu profonde que l'elfe avait reçu en chargeant les brigands.Mais au vu des armures légères que portaient à présent Ysendir et Telvan qui avaient préféré ces gilets de cuir renforcé au vétements rembourrés qu'ils portaient auparavent, les vainqueurs avaient su faire profit des ressoruces de leur ennemi. L'or contenu dans les bourses des monstres avait été équitablement partagé et la marmotte géante avait réccupéré deux petites fioles contenant un poison paralysant. Heureusement, les trolls, surpris par la violence de l'attaque, n'avaient pas su utiliser leurs armes efficaçement. a présent plus riches grâce à la générosité des marchands et au butin pris à l'ennnemi, nos quatres compagnons entrèrent sans problèmes dans le port d'Esadariath. Ysendir déclara, tout en contemplant les facades ouvragées et les enseignes colorées que le groupe croisait:
-Il ne va pas tarder à faire nuit. Je pense que nous devrions faire nos emplètes et commencer à nous renseigner sur les bateaux en partance vers la cittadelle.
-Nous allons enfin pouvoir faire usage de tout cet or.......Ces trolls avaient du faire les poches d'un bon nombre de marchands.... J'ai hâte de voir les armureries d'Esdariath...On dit que de nombreux métaux circulent sur le marché
-Noublions pas les magazins d'ésotérie... On dit que la spécialité de cet endroit est un tatouage rituel qu'on peut enchanter....J'y vais! On se retrouve sur la grand place?Questionna Ysendir
-Ca me convient, l'ami marmonna telvan dont les yeux brillaient de convoitisé face aux énromes arbalètes de combats disposées dans les boutiques.
Alors c'est parfait. je peux venir avec toi, Ysendir? Ces tatouages me semblent interessants..... Interrogeat le paladin en careessant sa arbe naissante
-Je viens ausi, alors! déclara tranquillement Rohan. J'ai envie de dépenser mon or à quelquechose d'utile."

Ainsi, Telvan partit seul vers les magazins d'archerie, tandis que Ysendir, Turen et Rohan prirent une biffurcation qui les mena dans une ruelle peu fréquantée, ou se trouvait une échoppe ayant pour enseigne un dragon portant les mots Les crocs du dragon-tatouages et talismans magiques. Quand Rohan passa le rideau qui servait de porte, il fut assailli par une odeur piquante et forte d'encres exotiques. l'endroit était pénétré d'une lumière tamisée qui éclairait plusieurs ettofes parcourues de motifs esoteriques rouges ou blancs, ainsi que quelques chaises, un comptoir et une sorte de lit ou était assis un robuste nain qui était en trainde se faire tatouer plusieurs motifs compliqués sur son dos musculeux par une homme vétu d'une toge élimée et sale à la barbiche noire, lui ausi couvert de la tête aux pieds de tatouages étranges de couleurs changeantes et chatoyantes qui brillaient même en dessous de ses vétements, faisant apparaitre d'étranges symboles cabalistiques.

"Que ces messieurs patientent, j'ai presque terminé! Lacha-il d'une voix fatiguée, mais concentrée sur son travail."

Une fois le motif, terminé, le nain se leva de sa couche, passa une chemise brune, lançeat une bourse pleine au gérant, et partit en silence, son visage couturé de cicatrices serré dans une moue ronchonne.

"Veuillez m'excuser pour l'attente, mon nom est Wyrd, tatoueur-mage, venez vous pour vous faire faire un petit quelquechose?
-C'est que;..Faut-il qu'ils soient ausi gros que ceux de ce nain? Demanda Turen, impressionné
-Absolument pas, très chers futurs clients! Seuls les enchantement de très haute puissance nècessittent autant de place. Mas étant donné votre équipement, je présume que vous venez de commencer et un tatouage évolutif serait plsu interessant.
-Que voulez vous dire par "évolutif"? Questionna Ysendir, passioné par la magie employée par cet homme fascinant.
-Et bien, ce tatouage réagira à votre pouvoir. il évolura avec vous, bien qu'a partir d'un moment il ne pourra plus vous suivre. Vous en êtes?
-Allons y! Déclarèrent comme un seul homme les trois clients, hypnotisés par ce mage-tatoueur au bagou impressionant."

L'homme leur posa une suite de questions diverses et variées, à propos de leurs age, de leur parents, de leur capacité magique et même de leurs gouts culinaires.Au bout d'un moment, il se leva et déclara

"Je pense avoir ce qu'l vous faut. Veuillez patienter un instant, que je prépare l'encre."

Tandis que l'homme farfouillait dans son arrière boutique, les trois aventuriers patientèrent silencieusement.Une fois revenu, Il prît Rohan par le bras et lui déclara

"Je pense que tu doit être me premier. Il me semble évident, pour des raisons qui t'apparaitrons je l'espère un jour, qu'il faut faire ton taouage sur ton avant-bras droit, mais à toi de chosir ce qu'il reprèsentera....
-Un dragon avec les ailes repliées! répondit tout de suite Rohan, dont les yuex brillaient d'un éclat incroyable
-C'est parti!"

Et le travail commença.....



--

Les chroniques du passage, chapitre II, part3

Posté le 27.06.2007 par mrmelodram
la torche d'Ysendir était presque complètement conssumée quand une lumière apparut après un virage. L'éclat du jour fut durant quelques secondes insoutenable pour les yeux habitués à la pénombre du quatuor, qui se fit rapidemant aux rayons du soleil. Telvan, ouvrant toujours la marche, écarta le léger rideau de feuillages qui camouflait la sortie du passage secret. La compagnie se retrouva à quelques pas d'une route dallée qui partait vers ce qui devait être l'est, dans de poisseux marécages qui s'étendaient à perte de vue. Les yeux perçant de l'ensorceuleur crut dicerner dans le lointaint les murailles d'une ville portuaire, située par dela le marais.

"D'après le temps et la direction dans laquelle nous avons marché, il est probable que nous nous trouvions sur la route qui mène à Esdariath par le delta du Delion, supposa la marmotte géante qui s'assit un instant sur le bas coté
-Nous avons donc traversé tout le sud de la grande forêt? Cela m'a semblé plus long, la dernière fois que j'ai fait le chemin, observa Rohan en s'asseillant contre l'arbre qui camouflait l'entrée.
-C'est que le relief des contreforts de la forêt est extrèmement chaotique. N'oublie pas que c'est là qu'eut lieu la dernière battaille des dragons.....Ce qui t'a pris deux jours à cause de la montée et de la descente de tous ses col n'est qu'une bonne marche en ligne droite, à travers le roc de la montagne...Fit observer doctement Ysendir en s'acroupissant sur un rocher.
-Imaginez le travail que ce souterrain a du reprèsenter........Quelle énergie consommée....dit d'un air réveur Turen, seul à rester debout
-Mes frêre sont en effet d'habiles creuseurs de tunnels. Affirma Telvan
-Ah oui, j'avais oublié vos talent de fouisseurs!Plaisanta Rohan."

Telvan n'eut pas le temps de répliquer. Un chariot apprarût soudain de derrière un rocher. il opuvrait la voie à tout un convoi tracté apr des boeufs. Se rangeant préciputament sur le bas coté, Turan salua le conducteur qui arrêta alors ses bêtes juste devant nos héros. Ce ne fut que quand il descendit de son véhicul qu'i; apparut à quel point il était petit et rablé. c'était à tout évidence un nain, et son costume annonçait le marchand qu'il était.

"Bien le bonjour, messieurs. je vois que vous avez fiêre allure! Il se trouve que nous nous rendons à la cité d'Esdariath afin d'y vendre nos marchandises. mais hèlas, les gardes que nous avions engagés ont péri suite à une embuscade de harpies au pic de l'épine noire.
-Interessant, il se trouve que notre route nous mène nous ausi vers Esdariath.Mais Etant à pieds, nous ne pourrons pas suivre le rythme de la caravane bien longtemps.....Fit remarquer Ysendir
-Et bien justement....Nous avons entendu dire que le marais n'était plsu tout à fait sur, ses temps-ci. On raconte que les tribus de trolls quotiers ont commis des actes de piraterie et de brigandage dans cette région. Pouriez vous nous servir de gardes durant cette équipée. Vous pourriez arriver plus rapidement à votre destination et même vous faire quelque argent......
-C'est parfait! marché conclus! déclara tout de suiter Ysendir au nom de toute l'équipe.
-Très bien. Montez, dans ce cas...."

Une fois les quatres compagnons montés sur le chariot de tête, celui ci continua paisiblement sa route, sur la voie dallée.


Au bout de quelques minutes, la caravane entra dans le marécage à prprement dit. la route étant parfaitement entretenue et prottègée des flots par deux épaisses digues, le voyage s'annonçait plutot paisible.

"Et dire que la guerre fait rage quelques vallées plus loin... Nous pourrion avertir ses gens du dangers qui les guettes...Murmurra Turen en frottent l'estafilade qu'ils avait recue au pied et qui s'était arrêtée de saigner.
-Je ne pense pas que les alarmer soit utilie. d'après moi, mieux vaut rester discrets, même arrivés en ville...N'oublions pas que l'homme du cimetière nous précède.....Lui répondit sur le même ton Telvan, qui semblait songeur
-Je suis d'accord avec toi, Telvan. Esdaritah est tout sauf un endroit au dessus de tout soupçon. je me souvient qu'un fois..."

La phrase d'Ysendir fut interrompue par un bruit sourd. Un grand javelot venait de percer le bois du chariot de part en part. il avait frollé la tête de Rohan occupé à regarder son reflet dans le fil de son épée. La pointe était décorée de plumes noirs.

"Les Trolls!!! Cachez vous!!! Hurla frénétiquement le nain, blotti sous sa bâche."

Etrangement, aucun des membres du groupe ne sembla avoir peur. Tous se levèrent et montèrent à l'assault avec calme, sans montrer la moindre angoisse. Sans doute la disparition de leur maitre, l'attaque des créatures non-vivantes et le siège de leur cité étaient pour quelque chose dans cette habitude déja prise. mais il y avait autre chose. Sans doute nos jeunes compagnons avaient-ils le combat dans le sang........

Les chroniques du passage, chapitre II part 3

Posté le 25.06.2007 par mrmelodram
Les ombres fuyaient devant la torche de Rohan, qui ouvrait la marche silencieuse. juste derrière lui venait Telvan dont les petits yeux noirs fuillaient avec attention l'obscurité. La quiétude qui s'était installée disparut brusquement quand Telvan poussa un cri et arrêta de sa patte l'Elfe qui le précédait.

"Pas un pas! Cette tache me semble des plus douteuses......
- Mais de quoi ce rat parle il? s'enquit avec sa politesse coutumière Rohan
-Mais comment les yeux si réputés des elfes peuvent ils manquer un truc pareil? là, sur le mur, imbècile!"

En effet, sur la roche grossièremet taillée des murs du tunnel, une grosse tache brunâtre s'étalait.

"on dirait un genre de champignon troglodyte....Est il sans danger? S'enquit Ysendir, dont la compètence sur le sujet était à vrai dire minime
-Certainement pas! Cette chose est une plaque de Fongus Prostirius, également appellée mort-aux nains. Cette bestiolle pousse dans les grottes et dégage des spore mortelles qui se dévellopent dans les poumons de l'animal qu'elles ont tué. Décalra doctement Telvan, rodé aux dangers de la forêt
_Je n'ai aucune envie de tenter l'expérience et par contre, je crois qu'une flamme stopperait les ardeurs meutrières de ce champignon puant!"

Après ses parôles ausi bravaches que d'habitude, Rohan jette sa torche sur la plaque qui brûla allègrement.

"Et voila comment on règle les problèmes!S'ennorgueuillit Rohan"

Sans répondre, Telvan reprit sa marche, en prennat beaucoup plus de précautions. Après quelques regards vers le champignon mortel qui achevait de brûler, la petite troupe suivit la marmotte.

Chroniques du passage, Chapitre II, part 2

Posté le 24.06.2007 par mrmelodram
Dans les ténèbres du souterrain, Turen n’entendait que son cœur qui battait la chamade à ses oreilles. Peu à peu, alors que ces compagnons le traînaient derrière eux, ses yeux s’habituaient à l’obscurité qui régnait dans l’étroit tunnel dans lequel la petite compagnie avait pénétré. Tandis qu’il voyait peu à peu défiler devant son regard les pierres grossièrement taillées, il reprenait ses esprits. D’un coup d’épaule, il se dégageât de l’emprise de ses compagnons et tourna ses regards vers l’arrière, là ou l’entrée avait disparu tandis qu’ils s’enfonçaient dans le passage secret. Là bas, à l’air libre, sa vie avait basculé. Il avait livré son premier combat, avait été blessé et voilà qu’a présent son maître, celui qui lui avait tout enseigné, de l’art de l’épée aux service religieux de Pélor, venait de disparaître, sombrant dans les ténèbres en même temps que le village qui ‘lavait vu grandir. Le grand paladin, celui qu’on appelait la « lumière de la justice », venait de se sacrifier pour que sa poignée de disciples à peine formés puissent avoir une chance d’avertir le roi de l’attaque des émissaires de la non-vie. A jamais, dans le cœur du jeune homme, se grava l’image de son maître, entouré par les zombies, qui souriait avec bonté à ceux qu’il venait de sauver d’une mort certaine. Alors, la dernière larme de Turen Amalkir roula sur ses joues qui commençait à se couvrir d’un fin duvet. Tandis que s’envolaient les dernières peurs et joies de sa jeunesse, son ami Ysendir le prit par l’épaule
« Luthbringer est un dur à cuire. Il s’en sortira….
-Puisse Pélor t’entendre, mon ami, murmura le nouveau Paladin, en reprenant tout à coup sa marche.
-Puises –tu m’entendre, surtout…Chuchota l’elfe, interloqué par le trouble de son compagnon. »

Quand Turen se retourna vers ses amis, son regard avait changé. La même lumière, le même que son maître illuminait ses traits.

« Notre maître nous a donné une mission. Je ne sais pas si nous allons rester en vie. Je ne sais pas si le sceau parviendra devant le roi. Je ne sais pas si nous reverrons notre ville. Mais je sais que quoi qu’il puisse arriver, nous resterons ensemble, unis pour accomplir la tâche qui nous a été confiée. Croyez vous à cette même chose ? »

Un silence se fit.
Le premier à le briser fut Rohan, qui dégaina son épée et la leva en

« Nous en sortirons ou nous mourrons ensemble, quoi qu’il arrive. »

En souriant d’un air narquois, Telvan acquiesça

« Je te l’ai déjà dit. Je couvre tes arrières, l’ami »

Ysendir tapa de sa lance sur le sol en criant

« Et bien nous sommes d’accord. Unis dans la mort comme dans la vie, et pas de quartier chez l’ennemi ! »

Après se serment, le quatuor continua sa marche rapide vers les profondeurs. Plus décidés, plus soudés, plus graves, les quatres êtres qui allaient changer le monde marchaient vers leur avenir, sentant le vent du destin souffler dans leur dos. Était ce la volonté des dieux ? La fatalité était elle la seule responsable de l’improbable suite d’événements qui venait de s’accomplir? Mais il y a une chose devant laquelle les dieux et le hasard doivent s’agenouiller. Nul ne connaît la véritable finalité de l’univers, et même si elle existe. Mais une chose est sûre : nous pouvons nous grimer, nous changer, fuir nos responsabilités, cacher notre nature, mais nous ne pouvons nous soustraire à ce pour quoi nous avons été placés en ce monde.

Eva ou la solitude, to be continuaid

Posté le 24.06.2007 par mrmelodram
La pluie tapote les carreaux froids et bleutés. La fumée s’écrase contre cette surface humide, pleine de reflets. Eva est allongée sur son lit défait et tire désespérément sur une cigarette. Les nuages dépérissent dans le ciel souillé des fumées de la ville. Plusieurs minutes s’écoulent, pleines de l’ennui de l’insomniaque. Enfin, dans cette nuit horriblement vide, le radio réveil laisse entendre sa complainte répétitive. Eva le laisse sonner, perdue dans une contemplation qui fait penser à la mort. Elle a déjà enfilé en silence ses vêtements fripés et démodés et pris sa douche. Elle a tout son temps, et puis plus rien n’a d’importance.

Au bout d’une demie-heure, elle sort dans la rue déserte du petit matin, protégée par un immonde imperméable vert clair des aléas du temps maussade. Eva aime cette heure trouble et ambiguë, ou tout n’a pas sa netteté et sa clarté habituelle. Elle garde sa cagoule relevée, laissant dégouliner la pluie froide et consolatrice sur ses joues, épouser la courbe gercée de ses lèvres.

Eva stoppe sa marche à l’arrêt de bus familier qui tranche sur l’obscurité par sa silhouette dégingandée. La jeune femme a préparé dans son poing crispé le ticket depuis le début de l’avenue, comme tout les matins. Dans le brouillard passent des ombres confuses et inquiétantes. Eva ne s’est jamais faite à cette heure là qui l’a toujours inquiétée, comme si les monstres cauchemardesques de tous ces gens endormis dans leur maison bien close rodaient dans la blancheur corrompue du brouillard. Quand le bus arrive en vrombissant, Eva peine à desserrer le poing sur son billet fripé qu’elle tend sans un mot au chauffeur mal rasé.

Le cahots du car n’affectent même pas Eva, qui en habituée tient fermement son vieux sac de toile recousu en plusieurs endroits qui date de ses années lycée. Le bus est tout illuminé de lueurs qui font mal aux yeux peu habitués d’Eva, l’insomniaque nyctalope. Le couple assis à coté d’elle parle avec des éclats de voix désagréables. Eva ne sait comment leur expliquer son besoin de silence et de calme et serre un peu plus fort, sans s’en rendre compte, son bagage en ruine.

En sortant de nouveau dans l’air du matin, qui garde un arrière goût frais de nuit, Eva frissonne et allume une autre cigarette qui se consume au rythme de sa marche vers le lourd et laid bâtiment qui écrase de sa présence monstrueuse la ville frileuse. La Tour de verre aux milliers de petites fenêtre donnant sur des milliers de petit bureaux étriqués et mesquins lui ouvre ses portes sans mot dire. Elle pointe et rejoint son poste, avant de se heurter à un panneau désobligeant. Interdit de fumer, encore une loi à la con. Il nous empêcherons bientôt de rêver et d’écouter la pluie sur notre carreau, le jours de lune. Jusqu’à ce que la vie soit impossible et que l’horizon reste complètement noir et gris. Rien à faire. Eva essaie de fumer « discrètement », pour ne pas importuner le voisin de banc à la calvitie, à qui elle n’a jamais osé parler et qui semble suffisamment entouré pour ne pas avoir besoin de fumer.

Eva tape avec désinvolture à la machine en pensant aux yeux brillants du chat gris qui est venu miauler à sa fenêtre. Peut être était il blanc, en fait. La nuit, tout les chats sont gris. Eva a décidé de jouer à son jeu préféré, celui qu’elle maîtrise sur le bout des doigts depuis qu’elle a 8 ans. Elle s’arrache des odeurs fortes de produit nettoyant bon marché à la citronnelle de incessant bavardage des salles de réunions toutes proches, de la couleur mauve très kitch de la moquette. Elle s’envole. Reprenons. Le ciel était bleu, les oiseaux chantaient dans les arbres et la rivière coulait paisiblement dans son lit immuable. L’herbe avait un goût sucré si délicat que l’on pouvait passer des heures à suçoter des brins d’herbes, allongée dans une belle robe à papoter avec les taupes et les papillons. Parfois il fallait changer d’endroit car il y avait un chardon qui vous piquait le derrière, mais le champ était grand.

Oups

Elle ne l’avait pas vu entrer. Il était là, à la regarder de ses yeux extrêmement bleus, si bleu que s’en est effrayant. Ou a on vu des yeux pareils ? Que va il trouver à dire? Car elle sait qu’il ne l’aime pas, mais savoir pourquoi ! Il y a de ses choses qui ne s’expliquent pas. Que j’éteigne ma cigarette ? Connard. Tu sais bien que j’en ai besoin et que tout le monde fume dans ce bâtiment . Mais tu aimes l’ordre et la netteté, et c’est pas mes qualités premières. Mais t’es ici depuis combien de temps, toi, six mois ? Je suis entré ici à 19 ans, et tu viens m’emmerder pour des histoires de clope ? Connard. Mais bon, t’es mon supérieur et tu as les dents longues, va bien falloir que je l’éteigne. Juste une derrière taf pour te narguer. Et prend toi la fumée dans la gueule, sale non-fumeur .

Eva tape comme un fantôme à la machine une suite inepte de mots stéréotypés et attendus d’avance. Le rêve recommence. Sans s’en rendre compte, Eva sourit faiblement en songeant aux couronnes de fleurs sauvages piquantes et irritantes dont elle s’ornait le front. Les fruits avaient du goût et les pierres meurtrissaient ses petits pieds blancs quand elle marchait dans la rivière à la poursuite des innombrables têtards qui fuyaient sans se retourner.

Pause déjeuner. Eva remonte le flot de jeunes cadres dynamiques et souriants qui vont dans les innombrables restaurants aux enseignes fluorescentes. Eva a l’ascenseur pour elle toute seule. Elle regarde dans le miroir une jeune fille au long nez surmonté de fines lunettes sur lesquelles tombent, épars, des cheveux d’un blond extrêmement clair. Cachés derrière les verres, deux immenses globes verdâtres sont éclairés d’une lueur assez inquiétantes. Eva joue à la petite fille sérieuse et tente de mettre un ordre fictif dans ses cheveux. Plus qu’un étage.

Le toit de la Tour est parcouru par des vents si violents que les antennes plient et gémissent, battues par un zéphyr qui porte à la fantaisie. Eva s’assoit sur le rebords et contemple en connaisseuse le spectacle affairé de la grande fourmilière ou se pressent des centaines de petits véhicules aux couleurs prétentieuses et de mauvais goût. Le papier d’aluminium craque sous les mains expertes d’Eva qui croque dans un pan bagnat acheté à la cafétéria. Eva ferme les yeux, mastiquant longuement sa bouchée en se laissant bercer longtemps, très longtemps par les bruits adoucis par la distance de la ville. Il s’agît là d’un véritable concert dont le chef d’orchestre est sans doute l’agent posté droit comme un I, toujours le même depuis les 5 ans qu’elle travaille ici en plein milieu du carrefour et qui avec une finesse toute particulière dirige cet opéra de coups de freins, de klaxons et de vrombissements. Eva trouve cet agent vraiment formidable et elle a longtemps souhaité lui confesser son admiration pour son style et sa prestance, mais elle c’est rendu compte plus tard ce que sa démarche aurait d’ inepte et stupide. Comment expliquer une telle harmonie à un homme qui ne peut nécessairement pas l’entendre ?

La dernière bouchée de son pan bagnat engloutie, Eva s’en va, les cheveux dans les yeux, en jetant l’aluminium dans un sac poubelle laissé à l’abandon. Encore un repas de tiré.

L’estomac en pleine activité, Eva revient dans l’open space encore complètement vide. Elle s’étale sur son bureau, devant son ordinateur éteint et retourne, juchée sur une nouvelle cigarette, dans le champ fleuri ou trône un vieux chêne d’une taille imposante et dont les branches forment des motifs baroques et torturés qui poussent à la rêverie sur les temps anciens ou cet arbre devait n’être qu’un germe dans une immense forêt sacrée . Le premier employé arrivé, Eva écrase sa cigarette et dissipe sa rêverie avec regret. Au travail, maintenant. L’ordinateur en veille revient à la vie et reprend la suite insipide de fichiers textes, de tableurs, d’emails de confirmation et de lettres recommandées. Rien de bien intéressant. Le jeu continue.

Au bout de quelques heures, Eva se lève des son bureau et part avec l’intention de se chercher un café . devant la machine clinquante au fond du couloir. Appuyé contre la machine, un cadre fait du gringue à une secrétaire et souriant bêtement. Eva fait la queue en écoutant d’une oreille distraite les propos verbeux et prétentieux que s’échangent le couple. Quelle pitié….. pourquoi Eva a elle toujours trouvé les mots d’amour vains et sans intérêt ? Pourquoi donc ce que les livres décrivent comme si beau prend devant elle des airs de comédie pitoyable ? Enfin, toujours est il que leur café prêt, les deux tourtereaux retournent en continuant leur conversation vers leurs bureaux respectifs. Eva appuie d’une main experte sur la série de boutons apprise par cœur pour obtenir son mélange favori. La jeune fille prend entre deux doigts son café de peur de se brûler, et l’amène devant son ordinateur. Là, elle le boit à petites gorgées, sans sucre, dégustant chaque molécule de caféine, tout en lisant un couriel. Plus que deux heures à tirer.

Au bout du temps imparti, Eva se lève sans un mot de son siège, les yeux rougis par l’écran de l’ordinateur et la fatigue. Elle repasse son imperméable et sort, dans la grisaille pluvieuse de la rue. En attendant à l’arrêt de bus, elle savoure la dernière cigarette de son paquet . Espérons que le trajet ne soit pas ralenti par les embouteillages… Mais l’autocar arrive en retard d’environ 5 minutes et Eva se retrouve serrée sur une banquette inconfortable entre un vieil homme en costume clair rayé serrant dans ces mains noueuses une cane de marche et un grand dadais aux cheveux blonds coiffés en brosse vétu d’une veste en cuir noir couverte de pin’s et d’épingles nourrices et coiffé d’une paire d’écouteurs d’ou sort un rythme rapide et violent. Secoué par les cahots, Eva est déportée tantôt vers l’un, tantôt vers l’autre et finit par être gagné par une somnolence indicible dont elle est tirée par le jeune homme au blouson qui lui dit gentiment :
« D’habitude c’est là que vous descendez, non ?
-Si, mais comment le savez vous ?
-Et bien, avoue le jeune échalas en se frottant les cheveux, je prends ce bus tous les jours depuis 2 ans, comme vous ! J’ai finit par me rappeler ou vous descendiez……
-Je vois. Merci beaucoup. Au revoir . »

Eva sort du bus sans attendre, pressé de fuir le regard inquisiteur de cet adolescent fouineur qui suit ses déplacements. Elle est mal à l’aise de cette intrusion dans sa vie, comme si quelqu’un apparaissait dans le pré et lui gâchait le paysage. Eva se sent comme violée par les yeux goguenards de ce bourreau innocent et rentre les lèvres serrées dans son appartement . Elle attends devant sa porte l’habituel « N’oupliez pas te prentre fotre courrier matame Efa ! » de sa concierge alsacienne qui ne vient étrangement pas. Bizarre. Mue à la fois par un sens du devoir honorable et par une mystérieuse curiosité, Eva prends son courage à deux mets et redescends l’escalier à la recherche de son courrier et de sa concierge. La vieille folle serait elle tombée malade à cause de la viande avariée qu’elle cuisine chaque soir et dont elle empuantit la cage l’immeuble tout entier ? Ce ne serait que justice. Essoufflée, Eva jette les prospectus qui encombrent sa boite aux lettres et jette un coup d’œil furtivement sous la porte de l’appartement de la concierge qui n’est pas illuminée. Etrange….. Comment cette femme a elle pu se payer un voyage ? Est elle morte ? Qui sait ? Rassasiée de mystères et n’ayant de toutes manières rien à faire sur le palier, Eva retourne dans son petit appartement.


Comme chaque jour, celui-ci l’accueille avec un désordre anarchique qui ferait flancher les théories des physiciens sur le chaos des particules. Habituée, Eva se jette sur son lit pas fait, prend d’une main le téléphone sans fil caché sous l’édredon et compose le numéro de la pizzeria la plus proche. Eva commande une anchois fromage et laisse tomber l’appareil. Durant plusieurs minutes, elle reste prostrée en regardant le plafond blanchâtre, son esprit batifolant dans le pré, loin de cet arbre inquiétant et sans age qui trouble sa quiétude. Toujours nimbée dans son rêve, elle ouvre au livreur, se trompe en le payant, rectifie son erreur, referme sa porte et commence à dévorer d’un air absent sa pizza, devant son éternel vis à vis, le mur gris et encrassé.

Alors qu’elle engloutit sa part de pizza, elle voit soudain les traces suintantes de son compagnon dessiner .de savantes arabesques qui l’hypnotisent de leur danse vénéneuse comme un verre de belladone pur. Eva ne peut plus retirer ses yeux de cet effarant spectacle qui lui donne le tournis et fait souffler un vent malsain dans ses oreilles. Au bout d’un quart d’heure de lutte acharnée contre elle même, Elle parvient à retirer cette illusion cauchemardesque en mordant violemment l’intérieur de sa joue. Eva s’affale comme un paquet sur son grand lit défait plein de miettes en retenant un gémissement de bête blessée. Prostrée en position fœtale, Eva se déshabille lentement en goûtant le goût acide du sang qui coule de sa blessure. Une fois roulée dans ses draps, Eva risque un doigt à l’intérieur de sa bouche, afin de voir l’étendue des dégâts. Celui-ci ressort les deux premières phalanges couvertes de sang. Eva reste sans bouger, en contemplation devant ce sang obscène et obsédant qui coule dans sa bouche et luit sur son doigt, le visage peu à peu défiguré d’un sourire de plus en plus malsain. De son autre main agitée de tremblements, elle cherche l’interrupteur fébrilement et finit par le trouver. La lumière disparaît brutalement, soufflée telle un bougie, tuée en plein vol, comme la raison d’Eva.

Plus tard dans la nuit, elle sort une main de sa couette pour attraper un nouveau paquet de cigarette et son briquet. La fenêtre ouverte laisse passer la musique variée des bruits de la rue, la nuit. Une pleine lune immense entre peu à peu dans la chambre aux murs grisâtres qu’elle illumine de sa pâleur fantasmagorique, entrant dans les pupilles agrandies d’Eva. Celle ci s’assoit dans ses draps et ne lâche pas du regard son amie la lune, en tirant toujours sur sa cigarette. Elle cherche fébrilement un sourire dans cette parodie de visage qui l’observe car elle sent dans ses os, comme pour le jeune homme du bus, que quelqu’un l’observe sans quelle le voie. Mais cette fois-ci, l’impression est moins désagréable, sans doute car ce témoin est moins bruyant. Baignée dans cette lumière d’argent, Eva commence à masser doucement sa joue endolorie par la morsure et finit au bout d’une bonne demie heure de rêverie et de remise en place des tissus déchirés par endormir la douleur.

Sa quatrième cigarette écrasée dans le carton de la pizza, Eva se rends tout à coup compte qu’elle ne c’est pas lavée depuis au moins 3 jours, d’après l’odeur prononcée de ses aisselles. Elle sort nue de ses couvertures et allume la lumière crue de sa salle de bain. Le froid du carrelage de son bac à douche donne la chair de poule à ses jambes fines. Eva ouvre fébrilement le robinet d’eau chaude qui déverse sur ses pieds un torrent d’eau bouillante qui leurs donnent un joli rouge clair qui disparaît peu à peu, une fois que l’eau se tiédit. La douche s’active et mouille peu à peu les cheveux clairs qui s’alourdissent et tombent sur les épaules d’Eva qui ferme le yeux, bercée par le fluide qui s’écoule sur son corps et forme autour d’elle comme une carapace opaque qui la protège du monde et de son bourdonnement perpétuel. Ce petit espace humide et blanc est l’un des endroits qu’Eva préfère au monde. C’est l’un des principaux chemins vers le champ et la rivière dont l’écoulement est annoncé par celui de la douche. Dans les vapeurs qui rendent tous les objets extrêmement flous se dessine la jolie colline dont les brins d’herbe ont un goût de rêve et l’eau une saveur de réconfort. Alors que passent les heures, Eva se roule dans les pissenlits qui dégagent après elle toute une flottille de petits parachutistes qui iront se poser délicatement dans la terre pour former une nouvelle tige, tresse les plantes entre elles sas les arracher, faits des ricochets qui font fuir les meutes de cordonniers dans la rivière et finit par se cacher pour épier le vieil arbre noirci par les ages qui fait trembler ses jeunes ramures encore vertes dans la brise du printemps comme un vieillard qui fait remuer ses vieux membres après avoir passé de longues heures sur sa véranda à contempler la course du soleil. Ce tronc qui tranche sur le vert tendre de la prairie par sa noirceur totale semble irradier l’air ambiant un silence quasi mortuaire qui ralentit la respiration d’Eva. Une frisson irrépressible lui traverse l’échine et lui communique une peur animale. Eva ferme les yeux et s’agenouille dans l’herbe, frappée au cœur.


La vapeur d’eau c’est dissipée dans la petite salle de bain ou le ballon d’eau chaude a résolument été complètement vidé, vue la température polaire de l’eau qui s’écoule à présent sur le corps recroquevillé et frissonnant d’Eva dont les doigts et les orteils ont pris cet aspect ridé qu’a la peau quand elle reste trop longtemps plongée dans l’eau. Reprenant peu à peu ses esprits, Eva se relève difficilement et lentement, puis referme les deux robinets et s’enroule dans sa serviette aux imprimés décolorés avec laquelle elle se frictionne vigoureusement afin de réchauffer sa peau bleuie par ce séjour trop long dans l’eau glacée. Une fois que sa peau pale a repris quelques couleurs, Eva retourne dans ses draps et fait le vœu pieux de dormir. Malgré son application, le sommeil ne vient pas engourdir ses membres et au bout de quelques minutes, elle préfère allumer une autre cigarette, en se promettant faiblement qu’il s’agît de la dernière. Encore une promesse impossible à tenir. Autant jurer d’arrêter de fumer, ou de ne plus retourner dans le champ !

Quand le réveil hurle sa petite musique mesquine dans l’air du matin, Eva met quelques temps à reprendre ses esprits. La nuit a été riche, comme toutes les autres, de réveils en sursaut, de moments de calme plat et de crises d’angoisses. Le sommeil d’Eva, fragile et perméable aux mauvais rêves, n’a du durer que trois ou quatre heures en tout. Avec des gestes d’automate dont les piles flanchent, elle commence à préparer ses affaires et à s’habiller pour retourner dans la tour de verre une journée de plus, avant de se rendre compte devant la porte que cette journée est fériée et qu’elle c’est réveillée pour rien. En poussant un soupir long et plaintif, Eva tombe comme une marionnette désarticulée et se laisse secouer mollement par le contrecoup qu’a engendré sa chute sur le sommier. Au gré de ce balancement rythmé, la jeune fille songe à l’organisation de ce trou imprévu dans la monotonie quotidienne de sa vie. Peut-être qu’une sortie à la bibliothèque serait envisageable ? Mais elle est sans doute fermée…. Les boutiques et le marchand de tabac aussi, bien sur ..Que faire ? Impossible de rester chez soi avec un temps si doux pour la saison…

Après mure réflexion, Eva se relève avec la ferme intention d’aller prendre l’air à la campagne. Tout en réfléchissant aux horaires des bus qu’elle doit prendre pour atteindre son objectif tel napoléon préparant ses campagnes, elle descend quatre à quatre l’escalier désert de son immeuble et note l’absence de plus en plus mystérieuse de sa concierge dont le nom a même été effacé sur la boite aux lettres. Dans la rue, Eva se rend d’un pas plus ou moins assuré vers l’arrêt de bus qui lui assure un chemin court vers la petite forêt ou elle a l’intention de pique-niquer en compagnie des arbres.



Au fur et à mesure que le car sort de la ville, les immeubles perdent leurs étages et les rues leur animation. Le bus lui même n’est lui même pas menacé de surpopulation. Appréciant le changement, Eva s’étale un peu sur sa banquette et observe ses quelques voisins avec attention. Au bout d’un moment, son attention est capté par un couple d’adolescents, enlacés sur leur banquette. Leur visages graves contrastent avec leur jeunesse et les couleurs gaies de leurs vêtements. Le garçon, dont la lèvre supérieure et le menton sont ombrés par un commencement de moustache, passe sans un mot sa main dans l’épaisse chevelure d’un noir bleuté de la jeune fille dont les yeux verts semblent remplis de larmes. Les tresses ornementées du jeune homme frôlent les joues pales de son amie quand celui-ci vient lui chuchoter à l’oreille un mot qui la fait sourire nerveusement. Leur deux regards viennent alors se poser sur Eva qui, omnhubilée par ce spectacle, n’a même pas songé à camoufler ses observations. Durant de nombreuses minutes, elle et le couple se regardent dans les yeux. Dans les yeux graves de ces deux enfants se reflète sa propre existence exiguë et tellement pleine qu’elle pourrait éclater à tout moment et leur immense solitude impossible face au monde qui juge et tranche dans l’affection et dans nos liens les plus intimes. Leur commun défaut d’être apparaît au grand jour dans la lumière immense et douce qui coule de leur yeux fixes. Mais le bus arrête sa marche et rompt avec indifférence cette minute éternelle qui se termine sans un mot, dans le bruit bringuebalant des bagages qui se déchargent et des pas pressés des quelques autres voyageurs affairés et aveugles. Le couple adolescent traverse le bus et en s’approchant du siège d’Eva, lui serre la main successivement. Celle-ci, cloué sur place par ce qui vient de s’accomplir, regarde les deux enfants s’éloigner dans cette banlieue pavillonnaire ensoleillée, puis, une fois que le car a repris sa route, laisse couler une larme en mémoire de cette mystérieuse rencontre, de ce rêve éveillé et commun en pleine journée, par le plus radieux soleil.

Une fois arrivée à bon port, Eva quitte le bus et commence à marcher sur la petite route ensoleillée bordée de platanes dont les feuilles se balancent au gré du vent, exactement comme les cheveux désordonnés d’Eva qui manquent de la jeter sous une voiture roulant en sens inverse qu’elle n’avait pas vu arriver. Plusieurs chemins de terre mènent à de belles villas blanches qui brillent au soleil, mais Eva, sûre d’elle, prend un GR en direction d’une petite forêt qui borde un ruisseau ou vont boire les vaches. Mécontente des zigzags du chemin plat, elle coupe à travers les champs, tout en pensant au nombre de fois qu’elle avait pris ce même chemin au cours de son enfance, alors que son père traînait les pieds sur le petit chemin en fumant longuement une gauloise sans filtre. A la mort de celui-ci, Eva a repris cette habitude ancestrale, en rajoutant un filtre. Le changement dans la continuité.

Ce n’est qu’en touchant l’écorce du premier arbre sur sa route qu’Eva touche du doigt un épineux problème. En effet, prise comme d’habitude dans ses pensées, elle a oublié de s’acheter un pique-nique. Peut-être faudrait-il songer à rebrousser chemin vers le village et partir à la recherche d’un restaurant ? Mais cette pensée est vite chassée par le souvenir de plusieurs après-midi passées dans l’unique restaurant du coin ou aux papier peints à fleur mesquins et à l’obscurité puant le renfermé. Soudain, Eva est prise à la gorge par le goût répugnant des frites grasses et rances des menus enfants qu’une vieille femme lui servait avec un sourire qui donnait encore plus la nausée. Elle s’assoit contre le tronc rugueux d’un pin et le tripote comme pour donner une contenance à sa réflexion. Finalement, Eva décide de sauter ce repas-ci et de s’offrir un bon repas ce soir. Affamée, la jeune fille observe avec convoitise les jeunes pousses d’un vert clair qui, avec le printemps, couvrent les extrémités des branches. D’une main tremblante, elle en arrache une et la porte lentement à sa bouche. La saveur en est délicieusement sucrée et lui donne une envie quasi bestiale qui doit remonter à la préhistoire ou ses ancêtres chasseurs-cueilleurs se délectaient de pousses et de baies. Cette jeune chair d’arbre lui donne l’impression d’avoir dévoré d’autres jeunes chairs, plus proches d’elle dans l’échelle de l’évolution. D’une main plus assurée, Eva reprend une pousse et s’allonge dans le gazon, à la recherche d’un visage ami dans le ciel nuageux.

Au bout de plusieurs heures passées dans le pré, Eva se réveille, glacée par la fraîcheur du sous bois avec un goût puissant de résine dans le bouche. Le pin a perdu dans l’intervalle toutes ses pousses et le jour a décliné, laissant des bribes de nuages délaissés errer comme des âmes en peine dans un ciel qui peu à peu les chasse vers le sud. Eva se relève péniblement, secoue son pantalon couvert d’épines de pin et part lentement à travers champs, vers l’arrêt de bus. Au bout de quelques pas, elle trébuche et tombe à terre comme un pantin désarticulé, terrassée par le manque de sommeil et la faim. Cette chute brusque réveille la plaie buccale qu’elle avait totalement sortie de son esprit et cette douleur fulgurante la fait ce recroqueviller en position fœtale. Les larmes coulent sur ses joues maigres et pales en petit nombre tandis qu’un frisson nerveux lui parcourt l’échine. Durant une minute qui lui semble durer plusieurs heures, Eva reste prostrée au milieu du champ, secouée de sanglots violent et saccadés. Le bruit du vent la ramène peut à peu à la réalité, et Eva se lève péniblement et reprend son chemin gauchement, sans dire le moindre mot.

Dans l’agonie du jour, Eva met le pied sur l’asphalte d’un noir d’encre, comme on le fait pour « goûter » l’eau. Ses vieilles baskets quittent la route peu fréquentée. Elle préfère la terre inégale du bas-coté à cette immensité stérile et lisse qui fait mal aux pieds. Le village se détache sur le ciel nuageux, en haut de la colline, à environ deux kilomètres de là. Ereintée par la marche et affaiblie par le jeûne, Eva s’assoit sur une borne kilométrique dont la mousse commence de s’emparer et en profite pour allumer une cigarette. C’est au moment précis ou elle essaie de l’allumer que le ciel décide de laisser choir sa pluie sur la campagne. La cigarette s’éteint en grésillant, frappée par les gouttes qui se mettent à tomber à une fréquence surnaturelle et lavent de leurs larmes les joues d’Eva. Celle-ci, dans son habituelle méthodisme, à oublié d’apporter son imperméable et son parapluie, sous prétexte qu’ils étaient trop lourd à porter. Ecrasée par ce nouveau coup du sort, elle reste assise, grelottante et meurtrie, sur la borne. Au bout de quelques instants de réel désespoir, la salvation semble arrivée, quand un 35 tonnes l’éblouit de se phares et s’arrête tout près d’elle. Le chauffeur, un homme rougeaud à la face de paysan trapu, sort la tête de son habitacle et pose ses yeux de veau compatissants sous laquelle est camouflée une bonne dose de moquerie et lui fait signe de monter en souriant. Eva ne se fait pas prier et entre dans le camion. Affalée sur son siège, elle apprécie la douce chaleur distribuée par un climatiseur-chauffage flambant neuf. Ses oreilles sont bercée par le ronronnement du moteur et par la douce mélodie country du poste de radio. Ses yeux s’égarent sur le porte-clé en forme de dé « so kitch », puis papillonnent malgré elle et finissent par se fermer dans un doux et chaud sentiment de sécurité. Son sommeil est de courte durée. Encore engourdie, Eva ne comprend pas bien tout d’abord ce qui l’a réveillée. Soudain , elle prend conscience de la masse froide et calleuse posée sur sa cuisse. Eva se secoue comme si une bête venimeuse l’avait piqué. Le chauffeur maintient sa prise et approche sa face porcine dont les yeux brillent de concupiscence de celle d’Eva, amassée comme un animal acculée au fond de son siège, sans doute pour l’embrasser avec sa bouche lippue et moustachue. Il n’en aura pas le temps. Prise d’une rage bestiale, Eva se jette sur lui en poussant un rugissement de colère, lui agrippe la main et mord dedans à pleine dents jusqu’à en détacher un long filament de chair qui lui reste dans la bouche. En vagissant comme le bovin qu’il est, l’homme lâche sa prise, serre sa main blessée contre lui et balance à Eva un grand coup de pied qui l’atteint au ventre. N’ayant rien dans l’estomac, celle ci ne vomit pas mais est pliée sous le choc. Elle parvient néanmoins à tourner la poignée et à sortir en rampant du camion qui démarre en trombe, laissant ce qui reste d’Eva sur le bas coté, sous la pluie battante. Celle-ci ressent une intense douleur, ainsi qu’une impression d’être à jamais souillée au plus profond de sa chair. A quatre pattes, Eva aperçoit le panneau signifiant l’entrée du village et crache le morceau sanguinolent de la main de son agresseur qui lui était resté dans la bouche. Nous y sommes presque.

Assise , seule, dans l’autobus en marche qui la ramène vers sa chambre et sa solitude, Eva se tient le ventre en grelottant, serrée au fond du véhicule illuminé et complètement vide ou règne un silence partiel troublé par les coups de freins, les grondements du moteur et le tonnerre, car autour de la route, dans la banlieue vidée de ses habitants, des éclairs zèbrent à rythme rapide le ciel d’un noir d’encre de leurs flashs tonitruants. Eva est recroquevillée, les genoux repliés touchant ses épaules et ses longs cheveux trempés laissant dégouliner sur ses vêtements et sur les siège de plastique bleus environnants. Dans son grelottement mi-nerveux, mi-frileux, elle ne lâche pas de ses yeux exorbités le trou d’ombre ou se tient le conducteur du bus. Celui-ci est absolument silencieux, mais une menace lourde et douloureuse comme un sac trop lourd que l’on transporte depuis des kilomètres. Paralysée de terreur devant cette épée de Damoclès invisible et pourtant plus présente que n’importe quelle arme, Eva se resserre encore plus sur elle même et commence à serrer entre eux ses doigts crispés, son visage parcouru de tics nerveux qui figent quelques instant ses traits dans des position clownesques. Au bout d’un heure longue comme un cauchemar, le car s’arrête, juste devant l’abribus bleu et blanc, en face de chez Eva. Eva ferme un instant les yeux, soulagée d’avoir pu tenir jusque là. D’un pas chancelant, elle traverse le couloir de sièges, vers la sortie. Dans un état proche de l’apoplexie, elle s’avance, en vue du chauffeur. Eva manque défaillir. L’habitacle du conducteur est vide, d’un vide absorbant et horrifiant qui entraîne Eva dans un tourbillon de supposition et de terreur. Malgré sa blancheur et au prix d’un immense effort mental et physique, celle-ci parvient à s’arracher à la vision de ce vide surnaturel et à rentrer, mi courant, mi boitant, grimpant quatre à quatre l’escalier, jusqu’ rentrer chez elle, à tomber sur son lit, à enfouir sa tête dans un oreiller et à pousser un sanglot immense qui manque de briser son âme même en milles éclats qui se disperseront aux quatre vents.

Eva est réveillée par une crampe violente au ventre qui luit cisaille l’abdomen, comme si elle avait subi le même sort que les enfants du lac Bodom. Elle se lève péniblement et tente d’arranger quelques peu le désordre de sa toilette. En effet, son t-shirt brun froissé dont les épines de pin ne se sont pas entièrement délogées est couvert d’une large tache foncée au niveau du ventre, juste au dessus du nombril, à l’endroit ou le chauffeur du camion a enfoncé son pied profondément. Après s’être contemplée plusieurs minutes dans la glace de sa salle de bain, Eva se décide à enlever ce vêtement sale et à vérifier l’ampleur des dégâts. Celui ci dévoile peu à peu un grosse tâche marbrée de violet qui est même écorchée par endroits sur la peau fine d’une blancheur de neige immaculée du ventre peu musclé d’Eva. Un fois que les derniers plis du T-shirt sont tombé, la maigreur de ce corps maltraité et peu choyé éclate comme une évidence clinique, tel le compte rendu d’une dissection. Les cotes saillantes et le ventre qui ferait pâlir de jalousie un top model et se glacer d’effroi n’importe qui d’autre donnent sur une poitrine faible, sur un cou tendu qui à se rompre qui annonce le visage osseux secoué de tics nerveux.. Sans lunettes, les cheveux tombant épars sur le front haut, ses yeux dont le couleur verte est renforcée par une lueur quasi hystérique, Eva caresse de ses mains nerveuses parcourues par des veines apparentes l’hématome qui c’est formé, tout en regardant son image dans la glace, devant le lavabo. Soustraite par le froid et la fin à ce spectacle, elle prend une chemise blanche de coton et rajoute sur ses épaules frêles son antique imperméable vert passé froissé par le non-rangement qu’il a subi. Eva met quelques minutes à retrouver suffisamment d’argent dans la pièce pour le repas Gargantuesque qu’elle prévoit et à l’idée duquel elle se rattache pour ne pas penser au couteau acéré posé sur la table du bureau dont les reflets argentés semblent amicaux….

La petite place bordée de terrasses de café, d’habitude si gaie et animée, est quasiment vide. Ce n’est pas entièrement dû aux troubles visuels que le faim peut provoquer chez Eva qui, chancelante, arpente le trottoir mouillé et rempli du reflet des lampadaires qui crachent leur lumière sur la ville, comme pour écraser contre le béton les passants pris entre le marteau et l’enclume. Elle se laisse finalement tenter par un restaurant baba à l’affiche colorée et gaie dont la vitrine arbore fièrement plusieurs narguilés dont le métal brillant et astiqué tranche sur le velours du présentoir. Eva tombe sur une chaise et laisse envahir ses poumons de la fumée douce et acre de l’encens qui brûle tout près d’elle. Le serveur, vêtu d’une chemise de chanvre et coiffé de rastas qui tremblent à chacun de ses mouvements, lui apporte la carte et prend la commande avec une précision d’automate, sans un mot inutile, avec le sourire commercial de rigueur. Eva attend sa commande avec une impatience désespérée et commence, pour rester consciente, par manger tout le pain complet contenu dans la panière en osier tressée main. Pour tromper son attente, Eva commence à observer méticuleusement chaque détail de cette gargotte plutôt sympathique de par le silence presque complet qui y règne, à peine troublée par des chants méditatifs sans doute indiens, bien que ce silence soit dû à l’absence presque totale de clients. A travers l’air enfumé, Eva distingue des tentures aux couleurs chaudes en gaies couverts de slogans utopistes et encourageants. Elle repense au moment ou elle a songé trouver une solution à sa solitude qui lui semblait invivable au cours de son adolescence dans l’action politique alter mondialiste et comment, déçue par le fait que tous ses pseudos amis se soient mis à se droguer à l’éther, elle a jeté tous ses rêves de changement de la société au panier et classé l’envie de révolution comme une mode stupide comme les autres. Dans le flottement de sa rêverie, un faible sourire ère alors sur les joues de neige d’Eva et celui-ci s’élargit lorsque le serveur apporte le plat tout fumant sur sa table à la nappe décorée de motifs étoilés. Elle se jette alors littéralement sur la nourriture proposée et engloutit tout en l’espace de deux ou trois minutes. Les gargantuesques bouchées de riz saucé descendent lourdement dans sa gorge. Une fois son plats terminé, Eva se sert plusieurs grands verres d’eau qu’elle avale de suite sans respirer. Une fois cette absorption colossale accomplie, notre héroïne pousse un soupir de contentement immense et long qui semble lâcher toute la tension accumulée durant cette dure journée, une véritable relaxation de l’âme et du corps qu’un yogi aurait peine à égaler.

Après avoir nettoyé sa coupelle de la dernière trace de mousse au chocolat bio, Eva rêvasse, écrasée par la fatigue sur sa chaise d’osier. La fumée encourage ses paupières lourdes à choir à rythmes de plus en plus rapprochés sur ses yeux. Au bout de quelques dizaines de minutes ; alors que dans ses rêves Eva caracole dans le champ parcouru par une brise légère qui pousse ses cheveux longs devant son visage joyeux et chatouille son nez, une horloge sonne minuit et, pareille à Cendrillon, la jeune fille sursaute et quitte son monde imaginaire brutalement. Elle cherche avec les gestes vagues de l’insomniaque son carnet de chèques, lit l’addition posée sur la table et remplit le libellé en conséquence, grossi d’un léger pourboire. Ce n’est qu’après cette action accomplie qu 4eva lève les yeux et se rends compte que le restaurant est entièrement vide. La fumée qui la berçait c’est complètement dissipée en volutes diaphanes et invisibles dont seul l’odeur entêtante subsiste autour des chaises retournées sur les petites tables rondes en planches claires débarrassées de leur nappes de papier brun souillée de sauce. Aucune des nombreuses bougies posées ça et là n’éclaire la pièce ou seuls les contours des choses sont dessinés par l’un des seuls lampadaires encore fonctionnels sur la petite place. Aucun être vivant n’apparaît dans ce territoire parcouru de ténèbres. Eva, prise par la même peur panique qui l’avait prise dans l’autocar, cette terreur solitaire et hystérique qui fait se dresser les poils de son dos. La jeune fille, à moitié folle de terreur, tente de fuir ce repaire d’ombres, à tâtons dans cette obscurité trouble et malsaine. Au beau milieu de sa traversée, Eva rencontre sur son chemin un narguilé dont le bout se révèle froid comme la glace au contact de ses doigts fins. L’objet tombe dans un bruit de casserole, ce qui fait atteindre son paroxysme à la terreur d’Eva qui prend ses jambes à son cou, pousse d’un coup d’épaule la porte du restaurant et cours comme une dératée, manquant de se prendre les pieds dans son sac qui traîne sur le bitume du trottoir absolument vide. Sans reprendre une seule fois son souffle, Eva rentre chez elle, portée par sa peur. Elle grimpe à une vitesse surnaturelle les escaliers, met un temps fou à ouvrir sa porte, trop angoissée pour faire coulisser convenablement la clé dans la serrure et finit par choir, épuisée, sur son lit défait.

La nuit d’Eva, d’habitude entrecoupée de veillées noctambules, est cette fois-ci remplie d’un doux sommeil réparateur qui la fait retourner de nouveau près de l’arbre centenaire, encore plus près que d’habitude, tout près de son tronc noueux qui semble gravé de symboles discrets et savants. Alors qu’elle approche lentement sa main droite du bois noir, la jeune fille remarque l’oiseau posé sur une branche basse, juste au dessus d’elle, qui la contemple sans faire un mouvement. Eva retire vivement sa main et se met à fixer la bête, qui se révèle être un corbeau (ou bien une corneille) aux plumes luisantes et bien ordonnées. L’animal, fermement arrimé sur sa fine branche à peine pliée par son poids. Dans l’onirique prairie de son éternelle enfance imaginaire, Eva et le corbeau échangent un regard douloureux qui emplit le cœur de la jeune fille de ce sentiment à la fois intolérable et vital de se sentir exister sans pouvoir exprimer l’amour et la haine que l’on peut éprouver aux personnes concernées, cet incessant refoulement que la société actuelle exige de chacun, à chaque minute de son existence. Alors, dans cette douleur qui brouille l’esprit fragile d’Eva, le champ enchanté se transforme en un chaos kaléidoscopique de couleurs, de sons et d’odeur qui débouche sur une reprise de conscience brutale et rapide. L’irritant son soi-disant amical du réveil-matin claironne et brutalise les oreille de la rêveuse encore secouée par cette vision troublante, à la fois inquiétante et enrichissante, pleine de mystère entraperçu. Le poing vengeur d’Eva tombe avec une juste colère sur l’ennemi héréditaire de sa propriétaire. Cela ne fera qu’une bosse de plus sur cette machine oh combien honnie……

Eva déjeune de biscottes et de confitures trempées dans un thé non sucré qui laisse une douce âpreté sur ses papilles encore anesthésiées par cette longue nuit de repos et de rêves. L’air frais et humide du matin caresse délicatement les joues pâles de la jeune rêveuse encore vêtue d’une chemise légère sans manches qui laisse la peau de ses avant-bras au dépourvu face à la masse d’air froid venue de la fenêtre ouverte. Juste devant celle-ci, à travers les ramures d’un platane décrépit, l’aube étale ses rougeurs dans une apothéose pacifique et silencieuse, mais dont la beauté fait dans le cœur d’Eva plus de bruit que milles orchestres jouant à l’unisson. Dans cette petite cuisine crasseuse et en désordre, la même sensation, la même douleur chaude et pleine de bonheur que dans le monde de ses rêves emplit l’âme de la solitaire avide des autres. Devant l’évidence du retour de la lumière porteuse de vie, une larme roule jusque sur le carrelage tandis qu’Eva se lève, les yeux baissés. Après avoir nettoyé son bol et jeté ce qui devait l’être, Eva, subjuguée de sentiments inverses et puissants, met son imperméable vert passé, dévale l’escalier et quitte l’appartement, tout en laissant malencontreusement la bouilloire sur le feu.

L’arrêt de bus est pour une fois vide. Tenant sa main en visière pour protéger ses yeux de l’éclat du soleil, l’autre serrée comme d’habitude sur son billet, Eva scrute la rue d’ordinaire frappée par un léger encombrement à cette heure matinale ou les masses partent en rang d’oignon vers leur emploi qui est ce matin étrangement vidée de ses occupants. S’avisant que son paquet de cigarettes est vide, Eva se lève et décide de profiter de l’habituel retard du bus pour s’approvisionner au bureau de tabac déjà ouvert, illuminé de lueurs d’un jaune chaud et apaisant de l’autre coté de la rue. Une fois la porte vitré couvertes d’affiches diverses et variées poussées, la jeune fille, encore étourdies des illusions oniriques et envoûtantes qu’elle a vécu cette nuit, salue poliment le vendeur encore moins éveillé qu’elle et déclare ce dont elle a besoin d’une voix froide, claire et précise, comme la lame d’un scalpel. L’homme, mal rasé comme d’habitude, déclare d’une voix voilée et trouble que la marque qu’Eva fume ne se fait plus, qu’il est désolé mais qu’il n’y peut rien, avant de proposer d’un air hypocritement désolé une marque d’après lui similaire, évidemment plus onéreuse. Eva refuse cet ersatz fourbe et inutile. Tout en gardant son calme, elle tente de trouver un échappatoire en demandant au marchand s’il ne peut lui indiquer un autre buraliste qui lui aurait, par hasard, la marque de cigarettes recherchée. Mais cette imperturbable face de saindoux couverte de poils piquants et de gouttes de sueur bloquée dans une torpeur assommante et abrutissante qui n’a absolument rien a voir avec la fatigue nerveuse et physique d’Eva répond d’un peu engageant « chais pas » qui irrite encore plus la jeune fille déjà en manque de nicotine. Alors qu’elle ouvre la bouche pour demander d’un ton un peu plus acerbe des précisions, le bus coupe court à la discussion de part sa venue impromptue. Bougonnant de mécontentement telle une petite fille à laquelle on a pas acheté son jouet, Eva sort de la boutique pour entrer à temps dans le véhicule, manquant de froisser son ticket dans la machine. S’installant à sa place habituelle, Eva est de nouveau frappée par le vide qui l’entoure qui l’inquiète de plus en plus. En temps normal, l’absence de l’adolescent qui avait lancé sans le faire exprès un regard indiscret dans le jardin bien clos de son existence, mais elle est presque soulagée de le voir débouler avec un air affolé, ses pin’s s’agitant dangereusement sur le haut de son blouson en cuir. Le grand escogriffe frotte sa tignasse blonde coiffée en brosse d’avant en arrière, ce geste significatif qu’Eva l’a déjà vu faire plusieurs fois quand il vient de faire une quelquonque bourde, après avoir heurté une grand mère de l’un de ses bracelets à pique. La jeune fille se rends alors compte à sa grande surprise que malgré sa terreur devant le regard des autres, elle n’hésite pas à observer passionnément chaque geste de ses mêmes autres. Cette découverte lui permet d’évacuer la crainte qu’elle avait de ce jeune homme qui lui ressemble peut-être et déteste lui même qu’on l’observe comme elle le fait. C’est alors que le sympathique punk l’aperçoit et la salue d’un sourire. Eva se sent alors encore touchée par ce sentiment bizarre qu’elle ressens de plus en plus ses jours-ci. Poussé par cette impression, Eva lui rends son sourire avec franchise, sans se camoufler derrière le voile qui couvre d’habitude ses relations avec les autres. Le bus démarre. La vie continue.

Le retour de la vengeance d'un nouveau départ....

Posté le 24.06.2007 par mrmelodram
Et bien me revoila sur le réseau, toujours ausi présomptueux, toujours ausi autodestructeur, toujours ausi antisarkoziste, le même en différent.

Cette fois-ci, le changement ne s'explique pas par l'espionnage ou la callomnie, mais par mon incompètence totale à récupérer le mot de passe de mon ancien blog.

Pourquoi j'ai choisi centerblog, cette fois ci? Sans doute parce que j'en ai eu marre des pubs pour des déodorants ou pour des jeux en ligne qui gachaient mon ancien lieu d'expression. On peut dire que j'ai chassé les marchands du temple, si on peut parler de temple pour le défouloir rituel qu'on été tous mes blogs.

Par contre, j'ai bien l'intention de conserver mes anciens écrits, n'étant pas pressé par une ville censure à éliminer les preuves de mes véritables pensées.

Enfin bon, bienvenue à tous et à toutes dans le nouveau blog d'un déphasé nombriliste régressif et fier de l'être!!!


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